Keny Arkana

Keny Arkana

09 décembre 2007

INTERVIEW

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KENY ARKANA POUR RAPMAG #35

Le paradoxe est là, amusant. Elle qui aime tant se fondre dans la masse, placer le "nous" au-dessus du "je", se distingue nettement sur la scène rap française. Keny Arkana assume, opiniâtre. Question de parcours, de culture et de sensibilité politiques. Des convictions I   qui ne souffrent, chez elle, d'aucun relâchement ni compromis. Qui irriguent son quotidien, son mode de vie comme de pensée. Et inévitablement, sa musique. Une ligne de conduite qui l'inspire, plus qu'elle ne l'enferme. Car, la MC marseillaise n'a rien d'un bloc de colère, d'un amas de rage. En résulte un rap viscéralement subversif, sans complaisance, ni arrogance. La MC ne cache pas ses doutes, ne minimise pas ses espoirs, fait souvent montre d'une fragilité assumée. Une humilité salvatrice... Car malgré les apparences, Keny Arkana fait tout pour contenir la tempête intérieure qu'il l'agite. Et ce, afin de lui donner pleinement sens. Retour donc sur une année de musique et de luttes...

Il y a un peu plus d'un an, à la veille de la sortie de ton premier album, tu te demandais si le public allait comprendre ta démarche. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Keny Arkana : Peut-être que quelques-uns ont compris (rires) ! C'est difficile, je ne suis pas dans la tête des gens. Cela dépend de la sensibilité de cha­cun. Certains ne captent que mon côté militant, d'autres se focalisent sur mon aspect plus spirit, d'autres encore me par­lent de mes références au foyer ou à la rue...

Mais que craignais-tu à l'époque ?

K.A. : Rien en particulier. Je suis croyante, je me dis souvent "Mektoub !" Que l'album marche ou non, peu importe. L'essentiel est surtout de faire les choses sincèrement. Bon, d'essayer de les faire bien aussi...

Tu veux dire que...

K.A. : La fin ne justifie jamais les moyens. Je m'attache davantage au principe qu'au résultat. Quand les choses sont faites avec le cœur, il n'y a rien à regretter. Et pour tout dire, je n'ai pas eu tant de contacts que ça avec le public. Un peu en 2006, des festivals cet été, une tournée qui commence là. Le reste, c'étaient surtout les forums (ceux de l'association "L'Appel aux sans voix", Ndr), ce qui n'a rien à voir avec la musique...

Parviens-tu, néanmoins, a faire la part des choses entre ces deux pans de ta vie ?

K.A. : Pourquoi ? Je ne dissocie rien. C'est plus ou moins le même discours. Par contre, au sein de "La rage du peuple" ou de "L'appel aux sans voix", je suis une parmi tant d'autres. Mon rap, lui, est plus personnel. Voilà...

Mais du fait de ta notoriété, tu symbolises, malgré toi, ces collectifs, non ?

K.A. : Je vois ce que tu veux dire, mais ça va à rencontre de ce que l'on essaye de bâtir. Le côté porte-parole n'a pas lieu d'être, même si on a joué sur mon nom afin d'attirer un maximum de gens aux forums. Bon, c'est tout... Pour le reste, je n'ai jamais été mise en avant. En fait, cette situation est intéressante puisqu'elle nous permet de déconstruire ce rapport à l'artiste. Tout ce qui tourne autour de lui, le fait d'être mis sur un piédestal sans raison, etc. Ce qui compte au final, c'est ce grand "nous" collectif. L'horizontalité n'est pas un vain mot, c'est l'inverse du côté pyramidal. Une hiérarchie que l'artiste peut engendrer malgré lui.

NE PAS DEVIER DE SA LOGIQUE

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Comment gères-tu cette popularité nouvelle ?

K.A. : Mais mon quotidien n'a pas réellement changé, hormis le fait que j'ai eu la possibilité de faire des forums un peu partout. Mon entourage est, et reste, le même. La popularité ? Je ne m'en rends donc pas vraiment compte. Excepté en concert, lorsque le public reprend certains de mes morceaux par cœur... Et puis, J'ai géré cette année comme je le voulais. Ma maison de disques aurait bien voulu me faire accepter certains compromis lors de la sortie de l'album, je n'ai pas cédé. Ils n'ont pas toujours compris, mais ne m'ont pas mis non plus un flingue sur la tempe. Ils l'ont accepté. Et j'ai cette chance. Alors, je n'ai pas fait de "Planète Rap" sur Skyrock, j'ai annulé ma tournée au profit des forums et d'autres choses de ce genre. Autant de balles dans le pied, en fait ! Et alors ? J'assume.

Avoir vendu autant, cela te touche pourtant...

K.A. : Bien sûr, surtout que j'ai fait en sorte que l'on ne matraque pas la tête des gens. Encore une fois, je n'ai pas baissé mon froc. Et pourtant, j'en ai entendu des phrases type "Alerte rouge ! Ce n'est pas comme ça que l'on vend un disque !". Des remarques pas méchantes, mais inscrites dans un schéma que je rejette. Éviter les paradoxes, se concentrer sur l'essentiel, ne pas dévier de sa logique, voilà ce qui compte au-delà du problème des ventes. Et au final, "Entre ciment et belle étoile" a, tout de même, bénéficié d'un joli bouche-à-oreille. Mine de rien...

Dans le même temps, cela n'a pas empêché Skyrock de passer tes sons...

K.A. : Exactement. Mais ça, c'est quand même un peu bizarre. J'ai refusé leur "Planète rap", sans oublier cette histoire de "Nocturne" à Marseille. Là, je n'ai pas été très correcte. En décembre de l'année dernière, ils sont descendus ici pour une spéciale "Keny Arkana". Trois heures de libre antenne, sans pub, c'était prévu comme ça. Bon, même si j'ai beaucoup de respect pour Fred, je n'avais pas vraiment envie de le faire. Ils m'ont eue à l'affectif : "On vient à Marseille, c'est rare, tu vas pouvoir en faire profiter tous tes potes, etc. " Et j'ai accepté... Sauf que le jour J, je suis partie sur un coup de tête à Rome. Alors après tout ça, je ne vois trop l'intérêt qu'ils ont à me passer. Enfin si on peut parler d'intérêt...

Que retires-tu des discussions avec le public ?

K.A. : L'idée que cette notion d'urgence est partagée par beaucoup. Certains m'ont avoué que le disque, et surtout le documentaire présent sur le DVD (Un Autre Monde est Possible), leur avaient permis de mieux comprendre ce qui se joue actuellement. Et ça, donner matière à cogiter, cela me fait plaisir, même si je ne suis pas là pour mettre des disquettes dans la tête des gens.

Si tu considères ta musique comme un outil de lutte, l'important n'est-il pas qu'elle soit écoutée par le plus grand nombre ?

K.A. : Mais pas par n'importe quel moyen. Un pur mes­sage, s'il est matraqué, n'a plus de substance. Il se banalise, d'autant plus si tu fais le tour des plateaux télé. Tu deviens un alibi démocratique, tu donnes l'illusion que malgré tes critiques, le système t'accepte et te laisse une place. Diffuser un message est important, mais tout dépend du haut-parleur. Selon moi, construire autre chose, c'est aussi construire autrement. Tu ne peux pas utiliser tous les tuyaux à ta disposition. Les choses ne se font qu'au fur et à mesure, il faut savoir prendre le temps qu'il faut.

"Entre ciment et belle étoile" a été sélectionné pour les Victoires de la musique et également pour le prix Constantin, qu'en penses-tu ?

19960717_1_K.A. : Cela me touche. Je me dis que malgré l'ambiance strass et paillettes des Victoires, le jury a été touché par le disque. Au vue de ma musique, c'est un peu contradictoire, non ? Je ne sais pas... Mais, cela ne me laisse pas insensible. "Téléchargez la liste des nommés au format .pdf"

Le prix Constantin, c'est autre chose. Cela me paraît plus qualitatif, moins showbiz. Les artistes sélectionnés sont moins médiatisés, les instigateurs sont de gauche, ont des convictions politiques. Je crois même que le Constantin en question avait un label qui s'appelait "Thomas Sankara". Bref, il y a quelque chose derrière... Je me fais peut-être des illusions sur eux, je ne connais ce prix que depuis l'année dernière avec la victoire d'Abd Al Malik. Nous sommes assez peu dans le monde du hip-hop à nous retrouver dans ce type de manifestations. Alors si des gars d'une autre génération, à la culture musicale différente, apprécient mon album, je ne vais pas m'en plaindre.

PAS DE GRANDES THEORIES

Keny_Arkana__RapMag35_03Le EP "Désobéissance" va sortir bientôt, à quel moment l'as-tu écrit ?

K.A. : En grande partie pendant les forums. Un peu cet été aussi...

Ce contexte a-t-il influencé le disque ?

K.A. : Oui et non, difficile à dire. Comme nous avons tout enregistré, certains propos entendus dans les forums, ceux qui m'ont particulièrement plu, ont été montés. On peut les entendre dans le disque. Tous ces débats ont aussi alimenté ma réflexion sur de nombreux sujets : l'aspect anti-institutionnel, la volonté de ne pas se faire récupérer, l'horizontalité, etc. Autant de concepts qui ne se retrouvent pas forcément dans "Désobéissance". D'ailleurs, ce disque n'est pas que politique, il est aussi spirituel. Et ça, il y a beaucoup de militants qui s'en foutent ! Cela reste ma vision personnelle. C'est quelque chose d'assez simple, cela n'a rien d'élitiste. Dans le cas contraire, prise dans un projet beaucoup plus poussé, je me serais sûrement davantage servie de tout ce que l'on a engrangé au cours de ces rencontres. Dans "Désobéissance", il n'y a pas de grandes théories. C'est accessible, humain...

Autrement dit ?

K.A. : Je veux faire quelque chose qui touche au cœur. Quelque chose que même mon frère qui n'est pas allé à l'école longtemps - ce qui est mon cas aussi - peut comprendre. Cela reste de la musique, cela passe par l'émotion. Et pour ça, pas besoin de grands mots. Sinon mieux vaut écrire un bouquin.

Le but est, dès lors, de stopper ce que tu nommes la "spirale de l'inertie"...

K.A. : J'espère juste réveiller les gens, qu'ils prennent conscience de la réalité et que d'eux-mêmes jaillissent des idées. Nous faisons tous partie de la solution. Je n'ai pas la science infuse. Regarde les forums, ce principe d'assemblée populaire où chacun prend part à la discussion et se responsabilise. Dynamisons ça ! Il ne faut pas attendre que quelqu'un dise ce que l'on doit faire. Et bien, ma musique, c'est aussi ça.

Il est là ton combat...

K.A. : Qu'est-ce que la révolution ? Si tu prends son étymologie, cela signifie rotation. C'est donc le mouvement qui combat l'inertie. Notre premier ennemi est l'immobilisme, il faut avancer. L'antithèse de la vie n'est pas la mort, mais l'inertie. Et aujourd'hui, nous vivons tous dedans, tels des morts-vivants. La vie est mouvement, la révolution aussi. Elle nous conduit sans cesse à nous remettre en question, à tendre vers plus de justesse, d'équilibre et d'harmonie... C'est une recherche constante.

Dans quelle mesure sommes-nous des morts-vivants aujourd'hui ?

K.A. : Mais, on ne vit pas, on ne fait que survivre. Nous subissons quelque chose que nous n'avons pas choisi, dans un environnement où nous ne nous épanouissons pas. Nous sommes tous malades, tous névrosés et l'on meurt de l'intérieur. On se replie sur nous-mêmes, nous n'apprécions plus les choses simples, on déteste nos prochains... Enfin, tu vois, tout ça est lié. On est tous enfermés dans nos existences de merde. Regarde aussi dans quel état est la Terre mère, c'est assez révélateur, non ?

LA REVOLUTION TOTALE

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Raison pour laquelle il y a deux étapes dans cet EP, une première plus politique et concrète, et l'autre davantage spirituelle...

K.A. : Il y a la lutte collective et celle intérieure. Tant que nous serons à l'image du système, tant que l'on ne se sera pas déformâtes, nous ne pourrons rien créer de nouveau. Le travail sur soi est aussi important que le combat en lui-même. Dans le passé, ce qui a bousillé les luttes, ce sont les divisions internes. Alors, tant que l'on ne sera pas un, que le bonheur de notre prochain ne sera pas aussi important que le nôtre, nous reproduirons les mêmes erreurs. Le système est tellement fort qu'il est incrusté dans notre esprit. Moi, j'ai une vision très sud-américaine de la situation, ce qu'ils appellent la révolution totale. D'abord l'humain ! Tout ce qui est social et politique en découlera.

Ce que tu exprimais déjà dans des morceaux comme "Cueille ta vie" ou "Ils ont peur de la liberté"...

K.A. : Oui, dans "Cloué au sol" également, où je dis : "Changer le monde commence par se changer soi-même".

N'est-ce pas difficile de rendre lisible cette notion de révolution intérieure en chanson ?

K.A. : Et bien justement, beaucoup l'ont compris, c'est ça qui est ouf ! C'est plus difficile de la faire admettre par les militants, qui ont parfois un ego un peu surdimensionné. L'individualisme est le reflet du système. Le combattre est déjà un acte politique.

Pourquoi n'es-tu pas passée par le biais de la narration dans ce nouveau projet ?

K.A. : Parce j'écris à l'instinct, je n'ai jamais de thèmes préétablis. Je ne suis pas scolaire, c'est le moins que l'on puisse dire. Et dès qu'il faut construire sur le long terme, que cela devient trop cérébral, je suis bloquée (rires) ! Organiser ma pensée, faire un plan, cherche pas, j'sais pas faire !

Mais avec "Désobéissance", la thématique est bel et bien unique...

K.A. : J'ai continuellement plein de textes écrits sur mon cahier, je n'ai fait que piocher dedans. Ce n'est qu'une fois que j'ai de la matière que j'essaye de construire un truc. J'en profite aussi pour faire le tri, histoire de ne pas me répéter...

N'est-ce pas l'écueil principal pour ce genre de disque ?

K.A. : Peut-être... Mais vu comme ça, je me répète alors depuis "L'Esquisse" (son premier street-album, Ndr). Un peu comme tous les artistes en fait. On est ce qu'on est.  Il y a toujours une forme de redite. À moi de trouver d'autres formes, différents angles... J'ai quand même une logique d'ensemble. Les thèmes sont proches, mais pas semblables. Sur "Désobéissance", des titres comme "Ordre mondial" ou "Terre mère n'est pas à vendre" se distinguent bien, même si le message de fond est identique. Pareil pour "Réveillez-vous" ou "On ne tue pas un esprit", idem pour "Cinquième soleil" et "La rue nous appartient", etc.

Peu de textes intimistes au final...

K.A. : Logique, je voulais parler de vraie désobéissance, pas celle qui fait référence à mes 13 ans au foyer. Tu vois où je veux en venir ! Cela n'a rien à voir avec un album comme "Entre ciment et belle étoile".

LECRITURE, QUESTION DEMOTION

Keny_Arkana__RapMag35_05Comment t'est venue l'envie de faire un album concept ?

K.A. : Ça fait déjà pas mal de temps que j'y pense. Laisse-moi réfléchir... Tiens, rien que l'intro de "Désobéissance" (cf. sampler, Ndr), je l'ai écrite il y a au moins un an et demi. En fait, la première idée qui m'est venue à l'esprit était celle d'"Entre les lignes", comme les trois interludes de l'album. Des longs textes un peu spirit, poétiques, avec un refrain à la fin... J'envisageais d'en enregistrer sept ou huit pour les sortir en EP. Au final, je suis partie sur "Désobéissance". Pour le reste, ce n'est que partie remise. On verra...

Tu dis ne pas pouvoir écrire sans instrus. Comment s'est déroulé le choix des sons sur "Désobéissance" ?

K.A. : Comme d'hab', ma porte est ouverte à tout le monde. Peu importe le producteur ou le style de sons, en fait. Je fais mon choix au feeling puis je l'arrange à ma sauce. Je fais rajouter des éléments, une mélodie, de la guitare, de la basse... Ce qui, au final, doit inconsciemment donner un truc à peu près cohérent. Même méthode pour "Désobéissance", excepté un morceau ovni, "Dieu créa l'homme". Un truc chelou, influence gospel, une de mes prods en réalité...

Il y a longtemps que tu fais du son ?

K.A. : Ouais, pas mal même si je n'ai pas trop de temps pour ça. D'ailleurs, je ne sais pas écrire sur mes sons. Car, ce qui m'inspire, me pousse à écrire, c'est l'émotion ressentie dès la première écoute. Chose impossible pour mes instrus, puisque pour les bosser, je les ai écoutés en boucle. Pour poser dessus, il faudrait que je les range dans un tiroir et que je les ressorte deux ans après.

Mais tu n'as pas ressenti le besoin d'une rupture avec ce que tu avais fait précédemment...

K.A. : Non, parce que "Désobéissance" n'est pas mon deuxième album. Et d'un autre côté, ce projet est, tout de même, assez éclectique. Même si le début est plus rap, la fin du disque part davantage à droite, à gauche : le gospel, le titre "Cinquième soleil", l'interlude "Patcha Marna"... Si je pouvais, je mettrais dix fois plus de perçus, de derboukas, à fond ! J'adore les instruments roots...

Pourquoi ne pas intégrer alors plus ces sonorités ?

K.A. : Parce que les beatmakers sont relous ! Ils font toujours les mêmes sons. Une grosse caisse, une caisse claire, une nappe sombre... Aucun groove la plupart du temps ! En plus, ils ne font plus que du 80 ou 70 BPM, des trucs bien laid-back.

Quel visage aura, dès lors, ton deuxième album ?

K.A. : Ce que j'ai travaillé pour le moment se démarque clairement. Sur le plan des instrus et donc du flow. "Désobéissance" est une transition. Pour l'avenir, j'ai pas mal d'idées et l'envie forte d'emmener mon hip-hop beaucoup plus loin. On verra si j'y parviens, ce sera au public déjuger...

Scan Photo & Texte du mag par DjTwister pour www.larage.canalblog.com


Keny Arkana - Making-Of Couverture Rap Mag
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29 novembre 2007

Keny Arkana a Bordeaux

Photo Sharing and Video Hosting at Photobucket

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07 août 2007

concours de remix "On Communik"

rspfeat

RSP propose un concours de remix pour les Beatmakers !

Remixez le titre "On Communik" de RSP feat. Keny Arkana extrait de l'album SUIT LOGIK

Le gagnant verra son remix sur le prochain CD "Coup 2 Hache" du label Fat Brotherz

L’acapella du morceau (98 BPM) est à disposition ici

Pour plus d’info sur le concoure : http://www.fatbrotherz.com/concours.html

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21 avril 2007

LE FRONT DE LA HAINE



R_ponse_au_FNUne personne mal-intentionnée a re-monté le clip de "La Rage" de Keny Arkana sur sa chanson "Nettoyage au Kärcher", et ce faux est largement diffusé sur les sites et forums affiliés au Front National.

Ci-dessous vous pourrez lire le droit de réponse de Keny Arkana, et écouter et diffuser "Le Front De La Haine", sa réponse en rap ! :

Pour mémoire le clip original de Keny est ici :

Et voici ce que le FN ou l'un de ses sympathisants en a fait :

DROIT DE RÉPONSE DE KENY ARKANA :

J'ai appris avec horreur que le Front National a détourné le clip de
"La Rage" et le morceau "Nettoyage au Karcher" à des fins électorales.

En effet le clip diffusé sur le site du Front National ainsi que sur
Youtube est le résultat d'un montage réalisé sans mon accord ainsi
que sans celui de ma maison de disques.

Défenseuse d'une révolution du bas et anti-institutionnelle, je tiens
à rappeler que je ne soutiens aucun candidat, encore moins celui du
Front National, et que ce clip est en parfaite contradiction avec les
valeurs que j'ai toujours défendues.

Je ne reste pas indifférente à ce détournement perfide et scandaleux
de ma musique et de mon message, mais cela met en évidence leur
stratégie éhontée de propagande qui ne manque pas de porter atteinte
à mon oeuvre.

Le Combat Continue, Vive La Résistance !

Keny Arkana
"la fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine"

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28 février 2007

Interview pour LeHipHop.com

"Si quelqu’un qui est dans le quartier, en train de bouillonner, voit un clip comme La Rage à la télé, il va se dire : “Ah ça y est, on est accepté, ça y est, on se fait entendre !”. Moi je dis non, c’est faux, c’est une illusion ; je ne veux plus servir d’alibi démocratique au système. (...) Quand je vois le clip de La Rage à la télé, je suis encore plus frustrée, parce que je me dis que c’est de l’hypocrisie."

Salut Keny, comment vas-tu ?

On essaie d’aller.

Ton album s’est déjà écoulé à 60 000 exemplaires, une belle tournée pour le soutenir sur scène était programmée, tout semblait rouler et la tournée est annulée, au dernier moment. Que s’est-il passé ?

J’ai préféré l’annuler, en sachant que rien n’était carré, que rien n’est jamais carré, et que c’est moi qui suis obligée de porter tous ces trucs là sur mes épaules. A la base, on voulait faire un gros truc pour la tournée 2007, avec forum la journée et concert le soir. Et forcément, je ne pouvais pas être seule à porter tout ça. Je n’ai pas de manager, pas de chef de projet. J’ai donc préféré annuler, plutôt que de faire les choses sur les genoux, et que ça parte en couilles au dernier moment car rien n’aurait été carré.
Certes la maison de disque me reproche d’avoir annulé deux semaines avant, mais deux semaines avant, le budget n’était même pas validé. La tournée 2006 a été un peu pareil, beaucoup de dates annoncées n’ont pas existées, des gens ont acheté des billets pour des concerts qui n’ont jamais eu lieu, ou du moins ce n’était pas moi en concert. Et moi je n’aime pas me foutre de la gueule des gens, j’aime bien que ça soit organisé, et que ce ne soit pas moi qui porte tout.
Cadrer une machine comme Because prend beaucoup d’énergie, cadrer La Lyonnaise des Flows en prend aussi, et ça fait 1 an et demi que je n’ai pas vraiment de manager, que je dois tout faire, des clips jusqu’aux stickers en passant par la pochette du jour au lendemain, jusqu’au budget de la tournée. Et je ne peux plus supporter tout ça, je suis artiste, et normalement je suis faite pour écrire des textes de rap, rapper sur scène, parler à mes frères et à mes sœurs, et pas gérer ces conneries. Donc c’est ou on se répartit le travail, ou on arrête. Et là j’ai donc préféré dire stop. J’ai mis en stand by, car j’ai bien compris comment la musique use les artistes, les presse. Et si je reviens, ça ne sera pas dans ces conditions, mais avec une équipe compétente. Si tu veux construire solide, il faut que tes fondations soient solides. Ok, je suis en maison de disque, mais rien n’est solide autour de moi : tout est sur mes épaules, et moi-même étant un peu instable, finalement rien n’est stable. Je reviendrai dans la musique le jour où j’aurai un manager et des gens autour de moi qui savent où je veux aller, qui comprennent ma démarche et m’aident à aller là bas.
Ca fait 1 an et demi que je n’écris plus, alors que depuis 10 ans j’écrivais tous les jours, ça reflète bien le fait que je craque…
J’ai donc préféré me tirer une balle dans le pied, plutôt que me prendre encore des couteaux dans le dos. Je ne me voyais pas partir en tournée en portant sur le dos la tournée, les forums, les budgets, etc... J’ai signé en artiste chez Because, pas en distribution, aujourd’hui je fatigue, j’ai besoin d’aide.

Trouveras-tu un jour des gens compétents à tes yeux pour gérer toutes ces affaires ? Es-tu capable de déléguer ?

Franchement oui, je pense pouvoir trouver des gens compétents, Inch’Allah. Mais franchement, je les cherche. Comme on dit souvent chez moi, les gens honnêtes ne sont pas très compétents, et les gens compétents pas très honnêtes. J’ai vu que c’était un peu vrai…
Je déléguerais si j’arrivais à trouver des gens qui comprennent vraiment là où je veux aller. Mais dans mon entourage, je n’en connais pas beaucoup. Je suis un peu en carence d’organisation. Moi-même dans ma vie c’est le bordel, et au bout d’un moment, trop de bordel... ben... tue le bordel.

La tournée des forums est tout de même maintenue. Est-ce à cause des élections ? N’est-ce pas délicat d’aller à la rencontre des électeurs en cette période préélectorale ?

Nous, ce n’est pas notre échéance, on n’en a rien à foutre de leur politique à eux.
On n’a pas trop calculé ça. Mais maintenant oui, il y a une dynamique d’urgence de conscientisation dans la tête des gens, et ils sont peut-être plus aptes à parler politique.
J’ai tenu à maintenir cette tournée des forums maintenant, pour une raison : j’ai l’intuition profonde qu’après, ça ne sera plus possible de faire un truc comme ça, peu importe qui sera le président. Les murs sont tellement vides, il y a de moins en moins d’espace, tous les lieux associatifs, autogérés, sont entrain de fermer. Ils essayent vraiment de tuer tout le lien social, donc oui cette urgence m’a fait dire qu’on ne pouvait pas attendre, même si peut-être qu’au point de vue personnel et égoïste, ça m’aurait fait du bien de prendre un peu d’air, d’oublier tout ça et d’aller faire un tour en Amérique du Sud ou autre.
On est parti dans une vibe de libérer la parole, de rassembler les idées et les alternatives de tout le monde, dans le sens où on se dit qu’il y a peut-être des alternatives qui ont été trouvées au fin fond d’un quartier en France, et qui n’ont jamais été relayées. Donc on essaie de rassembler un peut tout ça, je n’ai pas la solution, toi non plus, lui non plus, mais ensemble on l’a. Il s’agit donc d’essayer de rassembler tout cet héritage là, et le mettre à disposition de tous. C’est pour ça qu’avec ce tour de France “Appel aux Sans Voix”, il y aura le site internet www.appelauxsansvoix.org, des synthèses vidéos de chaque forum avec des communiqués, et un espèce de répertoire des idées -on fera tourner des feuilles aussi parce que j’ai remarqué que souvent dans un forum, il y a 15% des gens qui parlent, et les autres qui écoutent, qui sont un peu timides, donc on fera aussi passer des cahiers des idées, puis rassemblera tout ça sur le site, qui sera pour tout le monde. Ce n’est pas une tournée La Rage du Peuple, on ne fait pas ça pour nous, c’est vraiment pour tous les Sans Voix. On va faire ce taff là parce qu’il faut que quelqu’un le fasse. Mais c’est sans prétention, on n’a pas la prétention de faire les professeurs ou les politiques, c’est un espace de parole horizontal, interactif, où l’on parle. Sur notre site, il y aura un forum où les gens pourront rebondir sur les idées de chaque forum. Car ce qu’on veut faire, ce ne sont pas des forums ponctuels dans chaque ville, sans lien les uns aux autres. On veut faire un truc continu, d’où l’importance d’internet.

Est-ce que vous irez plus loin qu’un site internet ? Peut-on imaginer par exemple l’écriture d’un manifeste, envoyé aux médias, aux politiciens, ou que tu te serves de ta notoriété pour médiatiser ces forums et ces idées ?

Non, non, non. Nous c’est vraiment un truc du peuple pour le peuple et par le peuple. Je ne crois plus aux institutions par le haut, au changement institutionnel par le haut. Aujourd’hui, on vit dans un ère mondialisée, il n’y a plus de pouvoir national, il y a une conjoncture mondiale qui est planifiée, qui va dans un certain sens et qui dicte les lois internationales.
Donc que notre président en France soit la peste ou le choléra, rien ne changera. Je crois plus au pouvoir local et global. Essayer de créer des poches de résistance qu’on met en réseau, qu’on articule au niveau global, mais que ça reste horizontal. Je crois vraiment qu’il y a un travail à faire en profondeur, vers le bas, plus qu’en hauteur. Nous, on s’est beaucoup axé sur la réappropriation, l’autogestion, l’autonomie ; Construisons ce nouveau monde qu’on aimerait construire. Je crois qu’on ne nique pas le système quand on le détruit frontalement ; je crois qu’on détruit le système quand on essaye de construire sans lui. Si demain on arrive à construire sans lui, alors il s’effondrera de lui-même. C’est donc plus dans la dynamique de “venez on se réorganise, venez on se réapproprie nos quartiers” . On a plein de compétences dans les quartiers. Au lieu de toujours les mettre au service de la machine, mettons les aussi au service de la communauté. Par exemple dans un quartier, ça fait 2 ans que l’ascenseur est en panne, que la cage d’escalier a besoin de peinture, et il y a des électriciens, des peintres, des gens qui peuvent faire du soutien scolaire dans le quartier. L’individu au service du collectif, le collectif au service de l’individu, et essayer d’avancer ensemble comme ça. Même des initiatives à la con, comme organiser un repas de quartier chaque semaine, bref, renouer des liens, car aujourd’hui on essaie de nous renfermer sur nous-mêmes, et de nous inciter à penser que notre voisin est notre ennemi. Essayons donc de reconstruire quelque chose ensembles. C’est donc ça notre message, un message simple. On veut juste connecter les gens entre eux, leur donner de l’espoir. A partir de ces espaces là, peut-être que les gens pourront continuer à se voir, à garder ces espaces de discussion. On veut remuer le terrain, plutôt que de l’asperger. Moi je crois qu’il faut aller secouer les frères et les sœurs un peu, leur montrer que c’est possible.

Quel est le rôle de l’artiste dans tout ça ?

L’artiste a le devoir de préparer le terrain pour le changement. Il n’y aura jamais eu de révolution française dans le siècle des Lumières auparavant, qui a apporté les arguments pour faire cette révolution. Même si la révolution française a été un flop et a été récupérée.
La Révolution, ce n’est pas de prendre les armes et de renverser le pouvoir. Une vraie révolution, c’est un changement intérieur du peuple, pour avoir un autre mode de vie, et ça passer par les idées, par la pensée. D’où l’importance de libérer la parole d’en bas, c’est plus important que tout. La révolution, dans le vrai sens du terme, c’est une rotation, c’est ce qui combat l’inertie. La révolution est toujours en mouvement, ce n’est pas un objectif, un truc inerte, mais un chemin, une direction de tous les jours. On dit que l’idéal n’existe pas, c’est faux, à partir du moment où tu te diriges vers un idéal, vers une utopie, elle existe, tu la fais vivre. La révolution, il ne faut pas se battre pour, elle existe, il faut la faire tous les jours, car elle commence par se changer soi-même. Le système est ancré en nous, on réfléchit et on vit comme le système, donc tant qu’on n’aura pas combattu le système en nous -cette avidité, cette envie d’argent, de faire mieux que son prochain etc-, il n’y aura pas de révolution possible.
La révolution est dans le spirituel et le quotidien, elle est dans le sourire que tu dois faire à tout le monde dans la rue en marchant. Ca peut commencer par de toutes petites actions. Le premier devoir du révolutionnaire aujourd’hui, c’est de se réhumaniser soi-même, et de réhumaniser ses frères.

Pour en revenir à toi, tu ne pars donc pas t’installer en Argentine comme les rumeurs le disent ?

Non. J’ai entendu plein de rumeurs à mon sujet, mais non. Là, la priorité ce sont ces forums, faire passer le message aux frères et sœurs, et essayer de faire des choses ensemble. On vient mélanger nos idées avec eux, c’est ça la richesse. On essayera de faire un cahier des alternatives, de faire remonter cette parole étouffée en bas. C’est super important. Les pensées, la culture, c’est tellement important, car c’est comme ça qu’ils arrivent à nous avoir. La première arme, c’est la culture.

Le rap est-il fini pour toi ? Ton public peut-il espérer un deuxième album ?

Non le rap n’est pas fini, il fait partie de moi. Même si là je vais m’éloigner un peu du système de la musique et tout ça, le rap restera là. Mon public peut bien sûr espérer un deuxième album. Là, je vais déjà préparer un petit EP concept, avant d’envoyer direct un autre album, car j’ai besoin d’aller respirer avant de sortir un autre long format.

Revenons sur le premier album, Entre Ciment et Belle Etoile. Il avait été annoncé et repoussé de nombreuses fois, et on l’a senti accouché dans la douleur. A quelle étape de la production de l’album ça coinçait ? Ecrire ? Enregistrer ? Choisir le tracklist final ?

Je ne suis jamais satisfaite, ça je crois que c’est dans ma nature. Puis il s’est passé plein de trucs, comme les changements de label qui n’ont pas été évidents, et qui ont un peu retardé tout ça. Je voulais aussi que ce premier album me ressemble, donc j’ai fait beaucoup, beaucoup de morceaux, soit 3 ans de travail. J’avais une vibe “Entre Ciment et Belle Etoile”, et j’ai du faire une soixantaine de morceaux pour ça, avec une première sélection que j’estimais ne pas devoir rentrer dans l’album, et qui a donné “L’Esquisse” . Et puis il reste aussi une deuxième sélection de morceaux, qui ne sont ni dans l’Esquisse ni dans l’album, et que j’aimerai bien sortir aussi.

Aujourd’hui, es-tu satisfaite de ton premier album ?

Je ne l’écoute pas ! Je pense à autre chose, depuis qu’il est sorti. Je le revis sur scène, mais je ne l’écoute jamais. Si je l’écoutais, j’entendrai tous les défauts. Maintenant je suis aussi satisfaite car j’ai essayé de mettre un éventail de moi-même.

Si tu n’arrives pas à évaluer ton album, es-tu au moins satisfaite de l’accueil du public ?

Oui. Enfin déjà c’est toi qui viens de m’annoncer les ventes, je n’en savais rien, je suis loin de tout ça. Donc je juge plutôt l’accueil sur les gens qui viennent me voir dans la rue, dans les concerts, c’est plutôt ça mon baromètre pour juger l’accueil. Mais oui, je suis contente qu’il ne soit pas tombé aux oubliettes, car sans beaucoup de promo, c’était le risque - enfin du moins c’est ce que prétendaient ma maison de disque & mon ancien manager.

Ton public est parfois très jeune, et proche du fanatisme... Comment réagis-tu à ça, et quel est ton rapport avec ton public ?

Mon public est très varié, il y a de tout, je vois des crapuleux, des punks, des militants, des jeunes, des gens qui n’écoutent pas de rap forcément, des enfants, des vieux, des sociologues. Et ça me fait plaisir, car j’ai essayé de parler de cœur à cœur, je n’ai pas visé une communauté, j’ai juste été sincère. Et quand je vois la diversité des êtres humains qui viennent me checker après les concerts ou dans la rue, ça me fait plaisir. Quand je suis inspirée, pendant mes concerts, je demande parfois aux gens de se tenir la main, et tu vois parfois la grosse caillera donner la main au punk, le petit au vieux etc. Et en plus, pendant mes concerts, ça se passe toujours bien. Les gens ont l’air content, ça me fait plaisir, et je ne me pose pas plus de questions. Tant mieux s’il y a des petites très jeunes qui écoutent aussi. Les gens de demain sont les enfants d’aujourd’hui, et s’ils arrivent à comprendre ce que je dis, je suis contente, donc je ne le prend pas péjorativement quand j’ai des très jeunes qui m’écoutent : je n’ai pas fait du rap Chantal Goya, j’ai fait ce que j’avais à faire, et si ça touche beaucoup de gens, tant mieux. Si j’arrive à réveiller plein de gens de plein de milieux différents, tant mieux. Moi à 13 ans j’écoutais Assassin, et je comprenais ce qu’ils racontaient.
Après c’est sûr que l’attitude “fans” avec les autographes et les photos, ce n’est pas trop mon kiff. Mais que veux-tu que je dise ? Je ne vais pas refuser une photo à un jeune à qui ça a l’air de faire tellement plaisir ! La seule chose que je crains, c’est quand les gens me filment en traître. Là, je trouve que c’est du manque du respect. Mais après, le petit qui demande une dédicace, c’est plutôt mignon, c’est pas grave.

L’album a été élu par le public “Album Révélation de l’année” aux Victoires du HipHop. Quelle a été ta réaction à ce prix ? Etais-tu volontairement absente de cette cérémonie ?

Non tu sais, je ne fais pas trop les choses en calculant, ça n’est simplement pas mon délire, donc je ne vois pas pourquoi j’irai m’y travestir. Je trouve que cette cérémonie était une grosse mascarade : le hip-hop ça ressemble à ça ? Pour de bon ? S’il y avait dû avoir une vraie cérémonie du hip-hop, elle aurait dû avoir lieu dans la rue, dehors, ou dans une cave, et ça aurait dû être à nous de le faire, pas à des gens qui récupèrent le truc. Et puis tu as vu comme c’était mort cette soirée !? Que des gens assis qui se regardent du coin de l’œil avec la haine, des gens sages comme des images assis sur leurs fauteuils, à attendre qu’on leur distribue leurs bons points ! C’est ça le hip-hop ? Perso je ne fais pas partie de ça en tout cas. Franchement, je ne veux pas juger ces gens, mais en tout cas, ça n’est pas ma vision du hip-hop. Ma vision du hip-hop est en bas, pas dans le show biz ni le gratin jet set du hip-hop. Et en plus la télé ce n’est pas mon délire non plus, donc je ne vois vraiment pas pourquoi j’y serai allée.

Tu as tout de même récupéré ta récompense ?

Oui je l’ai récupéré, elle est dans mon bordel chez moi. Je vais la donner à ma mère, elle ça lui fera plaisir, les mamans aiment bien les trucs comme ça.

On imagine donc que tu n’iras pas non plus aux Victoires de la Musique, en tant que nominée dans la catégorie Meilleur album Rap de l’année ?

Non. Enfin c’est quand ? Le 10 mars ? Je ne serai pas là, je serai dans mes forums, à Lyon je crois.

Dans la même catégorie, Diam’s est nominée. Vous êtes souvent comparées toutes les deux ici et là, comme par exemple avec vos photos côte à côte en une du Parisien il y a quelques semaines. Quelle est ta réaction ?

J’étais en Italie quand Le Parisien est paru, je ne l’ai vu qu’avec un train de retard, comme souvent pour toutes ces choses là. Enfin je m’en fous. Mais je crois qu’elle ça lui ferait plaisir de remporter cette victoire, donc de bon cœur j’espère qu’elle va la remporter, autant que ça fasse plaisir à quelqu’un !

Tu as toujours un rapport conflictuel avec les médias. Aujourd’hui, cela ne s’est donc pas arrangé ?

Non, mais je suis dans un délire être humain - être humain. Donc parfois ça passe très bien, tout dépend des personnes. Je bannis juste les médias de droite, les médias féminins, les médias “Star System” style Planète Rap Magazine, RAP, OK Podium si ça existe encore etc.

Tu as tout de même mis de l’eau dans ton vin, en acceptant finalement d’être photographiée dans les médias ?

Oui mais regarde, on est à une époque aussi où à chaque concert, il y a 40 vidéos sur Internet, et je ne vais pas non plus refuser une photo à un petit qui me le demande. Donc j’arrive à une époque où je n’ai pas le choix, même si bien sûr, à la base, ce n’est pas ce que je souhaitais.
Je ne vais pas non plus arriver en cagoule sur scène, je reste naturelle, le jeu de l’image n’est pas mon délire, mais je ne vais non plus me rajouter des contraintes pour y échapper.

Venons-en à Skyrock. La légende urbaine veut que Keny Arkana passe sur Skyrock malgré elle. Mythe ou réalité ?

Disons qu’à la base, quand je démarchais en maison de disque, je cherchais une maison de disque qui avait les couilles de tourner le dos à Skyrock, ce qu’avait Because, et c’est pour ça que je suis allée les voir : quand l’album est sorti, ils n’ont ni envoyé l’album à Skyrock, ni pris de pub à l’antenne ni rien. N’empêche que Laurent Bouneau a acheté l’album, il a kiffé et a passé un morceau. Donc je me suis retrouvée face à mes propres contradictions, car je suis aussi pour la démocratie, je ne vais pas aller mettre un coup de pression à Bouneau parce qu’il a passé le morceau. Je ne suis pas non plus en gueguerre avec Skyrock, que je trouve intègres dans leur délire : c’est une radio qui est là pour faire de l’audimat, et qui privilégie donc la quantité face à la qualité, sans s’en cacher. Tout le monde le sait. Mon délire était plutôt de pouvoir artistiquement construire sans eux, ouvrir d’autres brèches. Car le jour où Sky passera à une autre musique -et c’est entrain d’arriver, ça voudra dire qu’il n’y a plus de rap en France ? Dans ma vibe, l’objectif était plutôt d’éduquer le public sans Skyrock.
Manque de pot, Bouneau a kiffé, il a passé de force le truc. Je suis donc peut-être en playlist, mais il n’y a jamais eu de pub et je n’ai jamais fait de Planète Rap.
Maintenant, j’ai beaucoup de respect pour Fred humainement, et même si ce n’est pas mon délire, on s’était dit qu’on pourrait peut-être faire une nocturne.

La fameuse Nocturne en direct de Marseille où tu n’étais pas là ! As-tu pris peur au dernier moment ? As-tu voulu planter Skyrock en leur posant un lapin ? Faisons taire les rumeurs une bonne fois pour toute stp.

Je ne les ai pas plantés : à la base, j’ai accepté la Nocturne car ils m’ont proposé de se déplacer à Marseille, et ont fait des efforts, en acceptant aussi de faire 3 heures sans pub, donc d’avoir une perte financière. Forcément, quand ils m’ont proposé ça, j’ai tout de suite pensé à mes frères marseillais, qui seraient contents de passer sur Sky, vu qu’il n’y a jamais rien à Marseille. J’ai plus accepté pour mes frères que pour mon nombril, parce que c’est vrai qu’à la base ce n’est pas mon délire. Et au dernier moment, je n’étais pas là, mais il n’y avait rien de calculé. J’étais à Rome, à la bien, dans un lieu autogéré, et certes je revenais à contre cœur, mais j’avais prévu de revenir. J’ai juste loupé le dernier avion, et voilà …. Mais cette Nocturne s’est finalement bien passée, et ça n’a pas empêché à tout le monde d’être content. Même Fred qui avait un peu peur au début de manquer de matière pour faire son émission. Il y a eu plein de monde de Marseille, c’était bien. En tout cas j’ai du respect pour Fred, donc je ne voulais pas du tout le planter. Fred est l’un des seuls gars qui écoute tous les sons qu’on lui envoie, qu’il va passer s’il kiffe, et que tu n’es pas obligé d’être le pote du pote pour passer.En plus, il ne méprise pas la province, et c’est rare à Paris ! En tout cas moi c’est le premier qui m’a passée, à l’heure où si tu ne fais pas de copinage ou si tu n’es pas en équipe avec certains, on ne te passera pas. Ca fait 10 ans qu’il est là, il doit recevoir une tonne de CD, et il est toujours là, il passe des trucs de bon cœur, j’ai vraiment beaucoup de respect pour lui.

Le fait d’être absente aux Victoires, à Skyrock et en général de fuir les médias contribue à entretenir le mythe. Le mystère fait parler, et vendre. Ca pourrait être une stratégie porteuse non ?

Ca me fait trop rire, car quoi que tu fasses, ça sera toujours une stratégie. Eh bien non, tout le monde n’est pas calculateur, il y a des gens qui fonctionnent avec le cœur. Moi, c’est par intégrité !

Mince alors, pas de “marketing alter-mondialiste” alors, comme un média a osé l’écrire ?

Ils pensent ce qu’ils veulent, mais ils sont tellement stratèges eux-mêmes qu’ils n’arrivent pas à imaginer qu’on ne puisse pas être calculateur. Je n’ai jamais été calculatrice, je suis bien incapable de planifier quoique ce soit. Je ne sais faire que les choses au jour le jour, j’aurai un zéro pointé en stratégie, je suis plutôt quelqu’un de spontané. Si vous avez besoin de stratégie, ne venez pas me voir, je suis très mauvaise !
Après, je te dirai, c’est un peu comme ma vision de la politique. A la base, je ne voulais pas qu’il y ait trop d’intermédiaires entre le public et moi. Je suis déjà anti-matraquage, je ne pourrai pas le vivre. Tout ce système là de notoriété ne m’intéresse pas. Même ce qui est argent, je ne sais pas s’il faut le retranscrire, parce que je ne sais pas si les gens sont à même de comprendre ça, mais moi-même j’ai une mauvaise relation avec l’argent. Je suis quelqu’un de la rue, j’ai besoin de rien pour être bien, je suis une vagabonde. Mon petit confort, j’en ai rien à foutre. Maintenant, à la base, je n’ai jamais souhaité vendre à balle. Tout ce que je voulais, c’était faire passer un message, avoir les moyens de toucher mes frères et mes sœurs. J’ai toujours dit que je préférais faire de la scène, et que les choses aillent petit à petit, du bas vers le haut, comme ma vision de la politique. Je souhaite que, si jamais demain ma musique marche, ce soit parce que les gens l’ont voulu, et non pas parce qu’ils ont été matraqués par les médias. Si demain tu es en haut, c’est parce que les gens auront bien voulu que t’y sois. Et même si je me tire parfois une balle dans le pied en ayant cette ligne de conduite, j’y tiens. Combien de fois les gens ont essayé de me formater, de me faire accepter Planète Rap ou autre, combien de fois les gens m’ont dit que je n’y arriverai jamais avec un tel discours, combien de gens m’ont abandonnée en me disant que j’allais me planter et qu’ils préféraient que je me plante seule plutôt qu’avec eux ? Eh bien je n’ai jamais eu peur de faire un flop, car si j’en fais, ce n’est pas grave, je fais confiance aux gens, je sais que ma musique est sincère, et que ce n’est pas pour vendre. Le résultat, j’en ai rien à foutre. Ce qui m’importe, c’est le principe. Et mon principe était de faire les choses sincèrement. Que je vende 3000 ou 300 000, j’en ai rien à foutre, du tant que les gens l’auront voulu, pas parce qu’on m’aura matraquée.
Après, les médias qui sont frustrés, j’en ai rien à foutre. D’autant plus que j’en ai fait des interviews, je ne suis pas une intégriste non plus. Tous les petits fanzines ou radio Campus qui viennent me voir à chaque concert, je les fais, je n’ai jamais refusé d’interview à ces gens-là.
Je refuse juste les gros trucs de Babyloniens, les télés, les radios, à part si ce sont des petits radios locales alternatives ou étudiantes.

N’est-ce pas dommage de refuser un espace d’expression qui t’est offert, sachant que tu as un message à faire passer, et que sinon d’autres le prendront à ta place ?

Je m’en fous, je ne rentrerai pas dans leur jeu. Les gens comme moi n’avons pas notre place dans ce système. J’en suis désolée, même s’ils feront style d’accepter de parler de mes idées, non, ce n’est pas avec vous que je veux parler de mes idées, ce n’est pas avec vous qu’on changera les choses. Car vous êtes dans le cynisme, et je veux parler aux gens comme moi, qui y croient encore, et qui ne sont pas résignés, que ça soit des petits des grands des pauvres ou des riches. Je préfère faire les choses avec les gens d’en bas. Ca ne m’intéresse pas d’aller voir les gens d’en haut. Maintenant, je suis ouverte à ce que les gens d’en haut viennent me voir en bas, il n’y a pas de problème. Mais je n’irai pas chez eux, car je n’ai pas ma place. Je ne veux pas aller en télé, c’est politique.
Tu sais, j’ai beaucoup cogité lorsque le clip de La Rage est passé en boucle sur MTV, M6 et compagnie, et je n’ai pas compris pourquoi il tournait autant. Pourquoi un clip comme ça, engagé et radical, passe autant sans censure ni dans le texte ni dans les images, quand je sais que la plupart de mes confrères se font censurer pour moins que ça ? Je ne comprends pas. Ca m’a donc amené à me poser des questions, et finalement, j’ai compris, le système fait toujours ça : quand il y a un peu d’opposition, le système créé toujours un espace pour que les gens aillent s’engouffrer dedans, et y évacuer leur frustration. Je te donne un exemple : pendant la Guerre Froide, le peuple français était majoritairement communiste, même si les dirigeants étaient capitalistes. Ce sont les capitalistes américains qui ont créé Force Ouvrière en France, pour créer un espace où les gens peuvent s’engouffrer dedans, crier, avoir l’impression d’être représenté, d’avoir une place dans le système, pour ensuite enlever les frustrations et que chacun rentre chez soi tranquillement, apaisé. Et je te dirai la même chose avec le Forum Mondial Alter-mondialiste chaque année : on ouvre un espace où tous les alter-mondialistes du monde qui ont les moyens se réunissent, crient entre eux pendant une semaine, et après rentrent chez eux, en ayant l’impression d’avoir fait ce qu’ils avaient à faire. Cela enlève les frustrations, ils retournent à leur routine et estiment avoir fait leur rôle d’alter-mondialiste. Si ces espaces là n’existaient pas, la frustration serait quotidienne, et si la frustration était quotidienne, il y aurait des alternatives qui déboucheraient, il y aurait plus d’action.
Et j’ai fait un parallèle entre ça et le clip de La Rage : pour moi c’est la même chose, ils le sentent que ça commence à bouillonner dans tous les milieux en France, et endiguer quelqu’un comme moi avec un morceau comme La Rage, c’est encore faire croire à une illusion, nous faire croire qu’on est représenté. Si quelqu’un qui est dans le quartier, en train de bouillonner et de ne plus en pouvoir, voit un clip comme La Rage à la télé, il va se dire “ah ça y est, on est accepté, ça y est, on se fait entendre !” . Moi je dis non, c’est faux, c’est une illusion ; je ne veux plus servir d’alibi démocratique au système. Je ne serai jamais l’alter-mondialiste qui viendra enlever la frustration des gens en parlant d’alter-mondialisme et compagnie sur les plateaux télés, pour faire croire que les gens comme moi peuvent parler avec eux, et ont déjà une place dans ce système. C’est faux, qu’ils les gardent leurs frustrations ! Personnellement, quand je vois le clip de La Rage à la télé, je ne me dis pas Vive la Révolution, je suis encore plus frustrée, parce que je me dis que c’est de l’hypocrisie.

Dommage que tu sois la seule artiste à avoir ce raisonnement, et que les rappeurs se précipitent pour remplir ce rôle de “défrustrateur” de la société. Car c’est à ce moment là seulement que le rap pourra devenir un vrai contre pouvoir contestataire, non ? Tu ne te sens pas seule ?

Après, chacun fait les choses comme il le sent. Je ne juge pas. Mais oui, il faut garder ce truc d’opposition, et ne pas aller faire le guignol sur les plateaux télés. Je ne me sens pas si seule que ça car il y a beaucoup de gens qui me soutiennent. Des MC d’en bas aussi.
Maintenant, ce n’est pas parce que j’ai une position radicale que je juge mon confrère ou ma consoeur qui fait autrement. On sait tous que c’est du rap de droite qu’il y a aujourd’hui, majoritairement, un rap capitaliste qui prône ces valeurs là. Mais je suis pour la démocratie, donc je ne les juge pas pour autant. Je ne suis pas du tout dans l’esprit “tout le monde doit faire comme moi”. Chacun a son vécu, sa vision des choses, ses raisons, et écoute son cœur.
Je ne blâmerai pas mon frère parce qu’il choisit de faire le contraire de moi, et je n’irai pas non plus essayer de le convaincre.

As-tu des ennemis ?

Babylone, pour englober tout le monde ! Sinon je peux commencer à te citer des noms de gens en politique qui veulent notre perte.

As-tu subi des pressions politiques ?

Oui, mais pas seulement parce que je rappe, surtout avec La Rage du Peuple. On a essayé de nous récupérer maintes fois. C’est aussi pour ça que j’ai cette habitude de récupération, ça m’a beaucoup appris sur le plan personnel, et c’est grâce à ça qu’aujourd’hui, en tant que MC, je sais être vigilante et ne pas me faire récupérer par le premier venu.
Je ne vais pas nommer les politiques qui ont voulu récupérer La Rage du Peuple, mais 2 ou 3 personnes par exemple, je pense qu’il n’y a pas besoin de beaucoup réfléchir pour les trouver.
Mais on ne cédera pas. Je suis anti-institutions, alors même si ce sont des gens qui représentent un peu nos idées qui veulent se présenter aux élections, je ne crois pas que la solution soit là. Aller changer les choses en haut, ça signifie qu’on tolère encore le haut et le bas : quand tu travailles en bas sur quelque chose d’horizontal, pourquoi aller en haut ? Je reste en bas, car je crois à la force du bas.

Que peut-on te souhaiter ?

J’aimerais qu’on ne me souhaite pas à moi, mais à tous, de réussir, de trouver des alternatives pour construire ce monde. J’ai une foi énorme en ça, en mes frères et mes sœurs, en nos idées, car elles sont justes. C’est un combat universel, je sais qu’on peut y arriver. Ma réussite personnelle, j’en ai rien à carrer. Je suis quelqu’un de croyante, et le matériel j’en ai rien à carrer. Mais je le sais, un autre monde est possible.

Source: http://www.lehiphop.com/interviews/itw106-keny_arkana_par_pamsiste.html

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12 février 2007

Annulation de la tournée

logo

Pour des raisons indépendantes de la volonté de Keny, la tournée 2007 est malheureusement annulée.
Cependant, devant l'urgence politique et sociale, les forums sont maintenus, pour de nouvelles dates et à travers toute la France.
A suivre sur www.appelauxsansvoix.org

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26 janvier 2007

Interview pour Graff It! Magazine # 21

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EN SIX MOTS

Trois ans qu'elle navigue en solo : la voilà signée chez Because, après avoir été courtisée par Barclay, Source, Hostile, et d'autres ... Militante pour un monde partageur, Keny Arkana cherche l'équité sur le terrain. Au Brésil ou au Mali, elle participe aux forums alter mondialistes. En Argentine, elle visite les Piqueteros et au Mexique, les communautés Zapatistes. Une rappeuse pour qui le mot ne vaut que s'il est suivi d'actes.

Racines

« Mon père est argentin, je ne le connais pas. J'ai beaucoup fugué, dès l'âge de 8 ans. J'ai grandi en foyer à partir de 11 ans. Là-bas, les gens écoutaient NTM, les Beru, du reggae, Nirvana ( ... ) Le matin, c'était le concours à celui qui mettrait son truc le plus à fond. Au début, les juges m'ont éloigné de Marseille. Je me suis retrouvée en foyer dans les Alpes, Nîmes, Colombes et sur Marseille où je vis, dans le même taudis depuis 7 ans à peu près. C'est le gros squatte, c'est tout délabré, mais je n'arrive pas à trouver de logement. La spéculation immobilière sévit: le maire offre la ville aux investisseurs étrangers. C'est une nouvelle colonisation : les nouveaux venus sont servis, les marseillais sont dans la merde. Les expulsés ne sont pas relogés ».

École

« On m'a fait arrêter l'école à 12 ans, mais j'avais envie d'apprendre. J'ai les carences des enfants déscolarisés : manque de concentration, de discipline ... Ça crée un complexe. D'un autre côté, l'école veut formater les gens. On te matraque avec le verbe « avoir n, mais le sens de la vie, c'est le verbe « être n. C'est la compétition, la rivalité, ça bouffe la tête. Plus tu grandis, plus tu t'instruis. À 13 ans, mes textes étaient revendicatifs, à mon niveau: anti-système, enfants de foyer, les juges ... En grandissant, j'ai voulu comprendre qui était le véritable ennemi n.

Contrat

" Je cherchais une maison de disque qui ait les couilles de tourner le dos à Skyrock. C'était MON argument. Je suis pour le développement horizontal plutôt que vertical: faire plein de concerts et me crever la santé sur scène plutôt qu'un coup d'éclat à base de matraquage. C'est à la société de décider du système qui la gère, pas au système de dicter sa société n ..

Présidentielles

« On nous prend la tête avec ça, mais l'histoire est mondiale aujourd'hui. Même les Nations n'ont plus de pouvoir. L'OMC, Le FMI, la banque mondiale - tout ça fait partie de la même famille - dictent leur loi. L'ultra libéralisme impose sa politique. Peut-être que le seul moyen de lutter contre ça, c'est de créer des poches de résistance un peu partout sur la planète. Il faut s'auto gérer d'un point de vue local, créer des réseaux qui se connecteront après. Oui, je parle de " mondialisation de la rébellion" pour tous les oubliés du monde. Mon peuple compte des milliards de gens contre un petit millier qui joue au Monopoly. Les gens n'ont pas conscience de ce que peuvent engendrer les privatisations. Un truc de ouf! Demain, on privatise les prisons, comme aux States. Le directeur de la prison devient un chef d'entreprise, il faut que ça tourne. Il faut donc qu'il y ait de la délinquance, provoquée par de l'injustice sociale qui à son tour devient rentable. Au nom du bénéfice, tu peux tout faire. Moins en moins de contrôle sur les choses, zéro éthique: voilà ce qui nous menace ".

Résistance

« Il faut que ça pète! La résistance doit être radicale. La révolution doit être intérieure car il faut s'émanciper des mécanismes du système. Tant que le bien-être de ton voisin ne sera pas aussi important que le tien, on ne pourra pas avancer. Toutes les révolutions antérieures sont bidons: on prend les armes, on renverse, on reproduit. Il faut annihiler notre goût du pouvoir. Tant que 1'« être" ne prendra pas le dessus sur 1'« avoir ", ça ne marchera pas. Je vis à Marseille, à deux pas des Alpes. Tous les jours, il y a des paysans qui ferment boutique. On préfère manger des oeufs pondus au Kurdistan, traités au Canada, emballés en Colombie, transportés par la Chine ... Qui se fait la thune sur les droits de douane? Si on crée des réseaux locaux, on peut faire des grèves de consommation après. Si les consommateurs deviennent acteurs, le capitalisme pliera ".

La rage du peuple

" Avec ce collectif, on essaie de réveiller et sensibiliser les gens, on a un peu un rôle d'impulsion et de combat. Pendant le CEP, les sans papiers ou la crise des banlieues, on a tenté d'unir les luttes. Mais les gens sont frileux. Le clip de La Rage a été fait en indé. Je l'ai ensuite vendu à Because. J'ai halluciné que MTV, MCM et M6 le passent! J'ai l'impression qu'ils font ça pour nous enfumer, nous faire croire qu'on peut crier sa rage à la télé. Mais au quotidien, c'est faux! Voilà pourquoi je refuse les passages télé : mon discours n'y a pas sa place. Le système est très fort: il crée des espaces de liberté où les gens pensent pouvoir être libres. C'est une façon d'éliminer les frustrations du peuple. Par exemple, chaque année, les forums inter mondiales attirent des gens. Tout le monde crie pendant une semaine et rentre chez lui après la conscience tranquille. Mais si ces espaces-là n'existaient pas, la lutte se vivrait au quotidien! L'alternative se crée dans la frustration ".

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14 janvier 2007

La Nocturne (Skyrock)

La_Nocturne

Spécial Keny Arkana

(Spécial Marseille)

L’émission de radio "la nocturne", présentée par Fréd de Skyrock, s'est très vite transformée en spéciale "Marseille"!...

Keny arkana n'a pas pu participer à l’émission qui lui était consacrée...Pour cause, elle a loupé son avion. Donc, la jeune marseillaise est restée bloquée à Rome! Cela n’empêche pas Keny de livrer une petite interview par téléphone et de s’excuser auprès de toute la famille, frangins, frangines qui se sont déplacés et tous les auditeurs. L’info fait très vite le tour des ondes, le studio devient littéralement pris d’assault par presque tous les Posse du centre ville (au total: plus de 100 personnes pour soutenir Arkana et faire sa propre petite promo) et la nocturne se transforme en une spéciale Marseille.

Avec Dj Truck & MC Ray, mais aussi Petit Mena, Nacio, Révolution Urbaine, Carpe Diem, La Boussole, Kalash L’Afro, Boss One, L'Armature, Reza, Zac, Jo Pops, Zephir et bien d’autres…

Dj Twister vous donne le privilège de découvrir ou redécouvrir ce moment fort en libre écoute sur http://larage.canalblog.com/.

Playeliste de l’émission :

En Construction

  1. Interviews (Keny Arkana)
  2. Le Missile Suit Sa Lancée (Keny Arkana)
  3. Interviews (Keny Arkana)
  4. Victoria (Keny Arkana)
  5. Eh Connard (Keny Arkana)
  6. Interviews (Keny Arkana)
  7. Fallait Y Penser (Petit Mena)
  8. (Nacio)
  9. Interviews (Nasio & Révolution Urbaine)
  10. Ca Vien Du Sud (Revolution Urbaine)

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12 janvier 2007

Keny Arkana dans le Parisien

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Les gros bras du rap ont longtemps méprisé les voix féminines. Mais l'énorme succès de Diam's, meilleure vente de disques en 2006, ouvre une brèche. La Marseillaise Keny Arkana pourrait être la prochaine à toucher le grand public...

(Article de presse :
Scan 01, Scan 02)

Source : http://kenyarkana.fr/  Merci à Psy4tra95 pour l'info!

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02 décembre 2006

Telerama "Portrait"


Jérôme Brézillon pour Télérama

Tête brûlée

Altermondialiste, révolutionnaire, Keny Arkana est une rappeuse militante. Qui réinvente à sa façon une poétique de la rage.

Nul besoin de fioritures. Sur scène, pas de décor : un DJ tapi dans l’ombre et Keny Arkana à portée de poing des spectateurs. Sur son bandana blanc, la jeune rappeuse de Marseille a imprimé « La rage du peuple » – sa signature et son manifeste. La rage, c’est un euphémisme. En concert comme sur disque, Keny Arkana est une cracheuse de feu qui fait flamber toutes les révoltes et douleurs d’une jeunesse calcinée. Son premier album sort un an après les émeutes de 2005 et son blues de banlieue prend la forme d’un cri glaçant : « J’viens de l’incendie / il brûle encore dans mes veines / comme si j’abritais un volcan […] mon cœur est en cendres / avec cette sale envie de tout cramer. » Keny Arkana se décrit comme une « tête brûlée », et toutes les métaphores du sinistre, de l’étincelle, de l’embrasement lui semblent bonnes pour faire entendre sa dissidence et son angoisse : « Je ne suis pas une rappeuse, mais une contestataire qui fait du rap. »
Elle s’est fait connaître cet été avec son morceau slogan La Rage, qui s’est propagé sur le Web à la vitesse de l’électricité. Son rap tendu se double d’une vidéo explosive où les images de guérilla urbaine sont montées dans l’urgence comme la bande-annonce d’une révolution en forme de brasier planétaire. « J’ai toujours considéré le hip-hop comme la voix des oubliés, dit-elle, un appel à résister… » On n’a rien vu venir d’aussi dur et désespéré depuis le NTM des années 90. Et le malentendu reste le même : dans le rap, on entend souvent l’agression, rarement la souffrance.
En 1993, NTM baptisait un de ses albums 1993, j’appuie sur la gâchette. Les médias s’affolaient d’un appel à la violence armée alors qu’il était question du suicide des jeunes. « Pour moi, il n’y a jamais eu de contresens, dit Keny Arkana. J’avais 10 ans quand je découvrais NTM ou Public Enemy et je vivais dans un foyer. La plupart des gamins autour de moi avaient déjà fait des tentatives de suicide… Je me suis mise au rap vers 12 ans. Par nécessité. J’écrivais des choses intimes qui me servaient d’exutoire et que je gardais pour moi, et des textes provocateurs pour foutre le bordel et semer la révolte. »
Les foyers, elle n’y restait jamais. Trop à cran pour se plier à l’autorité. Dès 12 ans, elle dormait dans la rue, dans des cabanes de fortune. « Ma première passion, c’est la fugue », raconte-t-elle. Ce goût de la liberté et du vagabondage « sans toit ni loi » pourrait la ranger du côté de Rimbaud (qu’elle n’a pas lu), mais elle l’a vécu à ras de bitume, entre bouches de métro, passages à tabac, cellule et camisole. Jusqu’au jour où plus personne ne lui a couru après et où elle s’est mise à vagabonder, de Rome en Espagne, de Marseille au Chiapas… Dans les voyages et les rencontres, elle a formé son caractère de militante, curieux mélange de pensée altermondialiste et de rage des cités.
Dans ses textes, Keny Arkana parle d’insurrection et de « décroissance joyeuse ». A Marseille, elle a formé un collectif militant, La Rage du peuple, qui tente, depuis les émeutes de l’an dernier, de lancer des forums politiques dans les quartiers. « Dommage qu’une telle révolte ne soit pas canalisée. On demande aux jeunes des cités de voter et d’être citoyens, mais l’accès au savoir, il faut l’arracher ! Quand on est dans le noir depuis des générations, c’est difficile : notre premier combat est contre notre propre inertie. » La révolution rap de Keny Arkana commence à l’échelle de l’individu et du quartier. Elle croit à la micropolitique comme d’autres au microcrédit. Le succès n’est pas une fin en soi, juste le moyen d’être « une anonyme dans la masse, avec un haut-parleur »

Source : Telerama

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