26 janvier 2007

Interview pour Graff It! Magazine # 21

Keny_Tof02

EN SIX MOTS

Trois ans qu'elle navigue en solo : la voilà signée chez Because, après avoir été courtisée par Barclay, Source, Hostile, et d'autres ... Militante pour un monde partageur, Keny Arkana cherche l'équité sur le terrain. Au Brésil ou au Mali, elle participe aux forums alter mondialistes. En Argentine, elle visite les Piqueteros et au Mexique, les communautés Zapatistes. Une rappeuse pour qui le mot ne vaut que s'il est suivi d'actes.

Racines

« Mon père est argentin, je ne le connais pas. J'ai beaucoup fugué, dès l'âge de 8 ans. J'ai grandi en foyer à partir de 11 ans. Là-bas, les gens écoutaient NTM, les Beru, du reggae, Nirvana ( ... ) Le matin, c'était le concours à celui qui mettrait son truc le plus à fond. Au début, les juges m'ont éloigné de Marseille. Je me suis retrouvée en foyer dans les Alpes, Nîmes, Colombes et sur Marseille où je vis, dans le même taudis depuis 7 ans à peu près. C'est le gros squatte, c'est tout délabré, mais je n'arrive pas à trouver de logement. La spéculation immobilière sévit: le maire offre la ville aux investisseurs étrangers. C'est une nouvelle colonisation : les nouveaux venus sont servis, les marseillais sont dans la merde. Les expulsés ne sont pas relogés ».

École

« On m'a fait arrêter l'école à 12 ans, mais j'avais envie d'apprendre. J'ai les carences des enfants déscolarisés : manque de concentration, de discipline ... Ça crée un complexe. D'un autre côté, l'école veut formater les gens. On te matraque avec le verbe « avoir n, mais le sens de la vie, c'est le verbe « être n. C'est la compétition, la rivalité, ça bouffe la tête. Plus tu grandis, plus tu t'instruis. À 13 ans, mes textes étaient revendicatifs, à mon niveau: anti-système, enfants de foyer, les juges ... En grandissant, j'ai voulu comprendre qui était le véritable ennemi n.

Contrat

" Je cherchais une maison de disque qui ait les couilles de tourner le dos à Skyrock. C'était MON argument. Je suis pour le développement horizontal plutôt que vertical: faire plein de concerts et me crever la santé sur scène plutôt qu'un coup d'éclat à base de matraquage. C'est à la société de décider du système qui la gère, pas au système de dicter sa société n ..

Présidentielles

« On nous prend la tête avec ça, mais l'histoire est mondiale aujourd'hui. Même les Nations n'ont plus de pouvoir. L'OMC, Le FMI, la banque mondiale - tout ça fait partie de la même famille - dictent leur loi. L'ultra libéralisme impose sa politique. Peut-être que le seul moyen de lutter contre ça, c'est de créer des poches de résistance un peu partout sur la planète. Il faut s'auto gérer d'un point de vue local, créer des réseaux qui se connecteront après. Oui, je parle de " mondialisation de la rébellion" pour tous les oubliés du monde. Mon peuple compte des milliards de gens contre un petit millier qui joue au Monopoly. Les gens n'ont pas conscience de ce que peuvent engendrer les privatisations. Un truc de ouf! Demain, on privatise les prisons, comme aux States. Le directeur de la prison devient un chef d'entreprise, il faut que ça tourne. Il faut donc qu'il y ait de la délinquance, provoquée par de l'injustice sociale qui à son tour devient rentable. Au nom du bénéfice, tu peux tout faire. Moins en moins de contrôle sur les choses, zéro éthique: voilà ce qui nous menace ".

Résistance

« Il faut que ça pète! La résistance doit être radicale. La révolution doit être intérieure car il faut s'émanciper des mécanismes du système. Tant que le bien-être de ton voisin ne sera pas aussi important que le tien, on ne pourra pas avancer. Toutes les révolutions antérieures sont bidons: on prend les armes, on renverse, on reproduit. Il faut annihiler notre goût du pouvoir. Tant que 1'« être" ne prendra pas le dessus sur 1'« avoir ", ça ne marchera pas. Je vis à Marseille, à deux pas des Alpes. Tous les jours, il y a des paysans qui ferment boutique. On préfère manger des oeufs pondus au Kurdistan, traités au Canada, emballés en Colombie, transportés par la Chine ... Qui se fait la thune sur les droits de douane? Si on crée des réseaux locaux, on peut faire des grèves de consommation après. Si les consommateurs deviennent acteurs, le capitalisme pliera ".

La rage du peuple

" Avec ce collectif, on essaie de réveiller et sensibiliser les gens, on a un peu un rôle d'impulsion et de combat. Pendant le CEP, les sans papiers ou la crise des banlieues, on a tenté d'unir les luttes. Mais les gens sont frileux. Le clip de La Rage a été fait en indé. Je l'ai ensuite vendu à Because. J'ai halluciné que MTV, MCM et M6 le passent! J'ai l'impression qu'ils font ça pour nous enfumer, nous faire croire qu'on peut crier sa rage à la télé. Mais au quotidien, c'est faux! Voilà pourquoi je refuse les passages télé : mon discours n'y a pas sa place. Le système est très fort: il crée des espaces de liberté où les gens pensent pouvoir être libres. C'est une façon d'éliminer les frustrations du peuple. Par exemple, chaque année, les forums inter mondiales attirent des gens. Tout le monde crie pendant une semaine et rentre chez lui après la conscience tranquille. Mais si ces espaces-là n'existaient pas, la lutte se vivrait au quotidien! L'alternative se crée dans la frustration ".

Keny_Tof01

Posté par DjTwister à 22:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Interview pour Graff It! Magazine # 21

Nouveau commentaire